Tre Cime, lac de Sorapis, Cinque Torri : quel itinéraire choisir dans les Dolomites selon son niveau

Massif calcaire aux allures de cathédrales minérales, les Dolomites offrent un terrain de jeu rare pour la randonnée : des sentiers balisés à perte de vue, des lacs turquoise nichés sous des parois vertigineuses et un réseau de refuges qui permet de dormir en altitude sans porter une tente. Reste à savoir où poser le pied selon son niveau, quand partir et comment s'organiser pour ne pas se retrouver bloqué faute de place en refuge.
Le massif des Dolomites, un terrain façonné par un océan disparu
Les Dolomites s'étendent sur environ 150 km d'est en ouest et 80 km du nord au sud, à cheval sur le Trentin-Haut-Adige et la Vénétie, dans le nord-est de l'Italie. Leur silhouette si particulière, faite de tours et de parois blanches presque lumineuses, vient d'une histoire géologique vieille de 250 millions d'années : ces reliefs sont d'anciens récifs coralliens formés au fond de la Téthys, un océan aujourd'hui disparu. La roche qui compose le massif doit son nom à Déodat de Dolomieu, le minéralogiste qui l'a décrite le premier.
Cette origine marine explique en partie le point culminant du massif, la Marmolada, qui culmine à 3 343 mètres et qui est aussi surnommée la « reine des Dolomites ». Le 26 juin 2009, l'ensemble a été inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO, reconnu sur une superficie totale de 141 902 hectares répartis en neuf zones distinctes. Ce classement implique des règles concrètes, dont l'interdiction du bivouac sauvage dans les zones protégées, qui encadrent la façon de randonner sur place.
Un réseau de sentiers hérité d'un siècle et demi d'alpinisme
La gestion des sentiers revient au Club Alpino Italiano (CAI), fondé en 1863, qui balise et entretient plus de 1 400 km de chemins à travers le massif, repérables à leurs marques peintes rouge et blanc numérotées. C'est aussi le CAI qui gère une grande partie des plus de 350 refuges disséminés en altitude. Ce maillage dense permet de composer des itinéraires à la carte, de la simple boucle familiale à la grande traversée de plusieurs jours en passant de refuge en refuge, ce qu'on appelle une Alta Via.
Les incontournables à ne pas manquer
Certains sites reviennent systématiquement dans les carnets de route des randonneurs qui reviennent des Dolomites, et pour de bonnes raisons : ils concentrent à eux seuls ce qui rend ce massif unique.
Tre Cime di Lavaredo, l'emblème du massif
Les trois tours de dolomite des Tre Cime di Lavaredo, dans le groupe de Sesto, sont sans doute l'image la plus reconnaissable des Dolomites. Le tour classique fait environ 9,3 km pour 3h45 de marche, avec un dénivelé de l'ordre de 396 mètres et un point haut à 2 438 mètres. L'accès se fait généralement en voiture jusqu'au parking du Rifugio Auronzo, payant à hauteur d'environ 30 euros pour 24 heures en haute saison. Juste à côté, les Cadini di Misurina offrent un détour plus court, environ 3 km et 1h30, pour un panorama de tours acérées qui contraste avec la masse plus large des Tre Cime.
Le lac de Sorapis et le lac de Braies, deux couleurs d'eau différentes
Le Lago di Sorapis, accessible en 4 à 5 heures de marche pour environ 12 km et un dénivelé proche de 396 mètres, est célèbre pour sa teinte turquoise laiteuse, due aux sédiments calcaires en suspension. Le sentier final, taillé dans la paroi, demande un peu d'assurance mais reste praticable pour un randonneur en bonne condition physique. Le lac de Braies, plus accessible en voiture, séduit par ses eaux d'un vert émeraude presque immobile, encadrées par le massif de la Croda del Becco.
Cinque Torri et Alpe di Siusi, deux ambiances opposées
Les Cinque Torri, près de Cortina d'Ampezzo, forment un cirque de tours rocheuses où l'histoire de la Première Guerre mondiale a laissé des traces : d'anciennes tranchées et positions militaires y sont encore visibles, certaines via ferrata du massif ayant d'ailleurs une origine militaire. À l'opposé, l'Alpe di Siusi déroule le plus grand alpage d'altitude d'Europe, un paysage propice aux familles, avec en toile de fond les silhouettes du Sassolungo et du Sciliar.
Choisir sa randonnée selon son niveau
La grande force des Dolomites tient à la diversité des profils qu'elles peuvent satisfaire. Les altitudes de randonnée s'échelonnent globalement entre 1 500 et 2 800 mètres, avec des itinéraires qui vont de la promenade en famille à la course engagée.
Randonneur débutant ou en famille
Pour une première approche du massif, des boucles courtes comme celle du lac de Carezza (1,1 km, environ 30 minutes, dénivelé quasi nul) permettent de découvrir la couleur si particulière des eaux dolomitiques sans effort. L'Alpe di Siusi se prête également très bien à des sorties familiales, avec des chemins larges et peu pentus, souvent accessibles en poussette tout-terrain sur certains tronçons.
Randonneur confirmé
Le tour des Tre Cime ou la montée au lac de Sorapis correspondent à un randonneur habitué aux longues sorties en moyenne montagne, capable d'encaisser plusieurs centaines de mètres de dénivelé et quelques passages exposés. Le Col du Vajolet, avec ses 10,37 km, environ 5 heures de marche, un point haut à 2 531 mètres et un dénivelé de +686/-1181 mètres, entre dans cette catégorie, tout comme les Cinque Torri.
Randonneur expert et amateur de via ferrata
Le Piz Boè, à 3 152 mètres, représente une journée complète de 8h à 18h et s'adresse à des randonneurs endurants, à l'aise avec le terrain minéral et l'altitude. C'est aussi le domaine des via ferrata, ces itinéraires équipés de câbles et d'échelles métalliques qui permettent de franchir des passages qu'une randonnée classique ne pourrait pas emprunter, souvent d'anciens itinéraires militaires réaménagés pour la pratique sportive.
Organiser son séjour : période, refuges et budget
La meilleure période pour randonner dans les Dolomites s'étend de juin à septembre, quand les refuges sont ouverts et la neige a suffisamment fondu sur les sentiers d'altitude. Juillet et août concentrent l'essentiel de l'affluence, tandis que juin et septembre offrent des sentiers plus calmes et une lumière souvent plus belle pour la photo.
Un point mérite une attention particulière : les orages sont fréquents en été, généralement entre 12h et 16h. Il est donc recommandé de partir tôt le matin, surtout sur les itinéraires longs ou exposés, pour être redescendu ou à l'abri avant l'arrivée des nuages d'orage. Autre spécificité liée à la nature calcaire du massif : l'eau de surface est rare en altitude, la roche étant poreuse et absorbant rapidement les précipitations. Mieux vaut donc partir avec une réserve d'eau suffisante plutôt que de compter sur des sources en cours de route.
Réserver son refuge, une étape à ne pas négliger
Dormir en refuge fait partie de l'expérience dolomitique : on y partage une table, un dortoir, parfois un coucher de soleil sur la terrasse avec des randonneurs venus d'ailleurs. Mais la demande dépasse largement l'offre en pleine saison. Il est conseillé de réserver son refuge entre 6 et 12 mois à l'avance pour les dates les plus recherchées, en particulier autour des sites les plus photographiés comme les Tre Cime ou le Sorapis. La réservation se fait généralement par téléphone ou email directement auprès du refuge, certains disposant désormais de formulaires en ligne.
Penser son itinéraire comme un radeau plutôt qu'un aller-retour
Il y a une façon de voir les Dolomites qui change tout : au lieu d'enchaîner les sites emblématiques en étoile depuis une seule vallée, on peut les relier comme les rondins d'un radeau, chacun tenant par le suivant, pour composer une itinérance de refuge en refuge. C'est le principe d'une Alta Via : on ne revient jamais sur ses pas, on avance, et chaque nuitée devient une nouvelle plateforme de départ vers le sommet du lendemain. Cette logique évite l'écueil classique du séjour dolomitique, qui consiste à passer autant de temps dans la voiture qu'à marcher, en enchaînant les parkings saturés des sites les plus courus. Elle a aussi un effet secondaire agréable : en s'éloignant des points d'accès routiers, on croise beaucoup moins de monde, et les lumières du matin et du soir, réservées à ceux qui dorment sur place, valent souvent plus que le site lui-même vu en plein après-midi.
Budget et logistique pour un séjour réussi
Le poste refuge reste raisonnable comparé à un hébergement classique en vallée, la demi-pension incluant dîner, nuitée en dortoir et petit-déjeuner. À cela s'ajoutent le carburant ou la location de voiture, indispensable pour rejoindre la plupart des points de départ, ainsi que les parkings payants aux sites les plus fréquentés comme les Tre Cime. Un séjour d'une semaine permet en général d'enchaîner trois à quatre randonnées majeures tout en gardant des journées de repos ou de visite dans les villages de base comme Cortina d'Ampezzo, Ortisei ou Corvara, qui servent aussi de point de chute pratique pour ravitailler en matériel ou en eau avant de repartir en altitude.
Côté équipement, des chaussures de randonnée à tige montante et un coupe-vent sont indispensables, même en plein été, tant les écarts de température entre la vallée et les crêtes peuvent être marqués. Les bâtons de marche facilitent nettement la descente sur les terrains caillouteux typiques du massif, et une lampe frontale reste utile en cas de départ avant l'aube ou de retour tardif.